Histoire · Histoire ancienne : Rome, République et Empire
Les Gracques et la crise de la République romaine (133-121 av. J.-C.)
Un exposé d'histoire comme à l'oral d'admission : analysez le sujet, choisissez trois ou quatre documents sur sept, construisez votre exposé de vingt minutes, puis lisez le corrigé du site et confrontez-le au vôtre.
Les conditions de l'épreuve
- Quatre heures de préparation, avec le dossier ci-dessous et le programme.
- Choisissez trois ou quatre documents sur 7 : vous devez justifier votre choix, et expliquer pourquoi vous écartez les autres.
- Exposé de 20 minutes, appuyé sur un diaporama ; puis une reprise de 20 minutes sur votre exposé et vos documents, et 15 minutes sur un document que vous n'avez pas retenu.
Le dossier documentaire
7 documents. Chaque extrait est recopié mot pour mot d'une source ouverte, dont le lien suit le document.
- 1texte antique (biographie)
Le discours de Tibérius aux pauvres de l'Italie
Plutarque (grec, époque impériale), Vies parallèles, « Tibérius et Caïus Gracchus », mises en parallèle avec Agis et Cléomène ; traduction d'Alexis Pierron, Charpentier, 1853. Texte écrit plus de deux siècles après les faits.
« Les bêtes sauvages répandues dans l’Italie ont, disait-il, des tanières et des repaires pour se retirer ; et ceux qui combattent et meurent pour la défense de l’Italie n’ont d’autre bien, sinon la lumière et l’air qu’ils respirent : sans maison, sans établissement fixe, ils errent çà et là avec leurs femmes et leurs enfants. Les généraux leur mentent, quand, dans les batailles, ils les exhortent à combattre pour leurs tombeaux et pour leurs temples ; car, entre tant de Romains, il n’en est pas un seul qui ait ni un autel domestique, ni un tombeau de ses ancêtres. Ils combattent et meurent uniquement pour soutenir le luxe et l’opulence d’autrui ; et on les appelle maîtres de l’univers, alors qu’ils ne possèdent pas en propre une seule motte de terre ! »
Plutarque, Vies des hommes illustres, « Tibérius et Caïus Gracchus », trad. Alexis Pierron, Charpentier, 1853, t. 4 (Wikisource) - 2texte antique (biographie)
Comment l'Italie se vide d'hommes libres
Plutarque (grec, époque impériale), Vies parallèles, « Tibérius et Caïus Gracchus », mises en parallèle avec Agis et Cléomène ; traduction d'Alexis Pierron, Charpentier, 1853. Texte écrit plus de deux siècles après les faits.
Mais, dans la suite, les voisins riches étant parvenus à se faire adjuger ces fermes sous des noms empruntés, puis enfin à les tenir ouvertement en leur propre nom, les pauvres, ainsi dépossédés, ne montrèrent plus d’empressement pour le service militaire, et ne se soucièrent plus d’élever des enfants ; de sorte que l’Italie se voyait sur le point d’être dépeuplée d’hommes libres, et remplie d’esclaves barbares, dont les riches se servaient pour cultiver les terres d’où ils avaient chassé les citoyens […]
Plutarque, Vies des hommes illustres, « Tibérius et Caïus Gracchus », trad. Alexis Pierron, Charpentier, 1853, t. 4 (Wikisource) - 3texte d'historien (XIXe siècle)
La loi agraire de Tibérius, résumée par un historien du XIXe siècle
Louis-Napoléon Bonaparte (Napoléon III), Histoire de Jules César, Plon, 1865, tome 1, chapitre VI « Les Gracques, Marius et Sylla ». Ouvrage publié sous le Second Empire par le souverain en exercice ; dates comptées en années de Rome (621 = 133 av. J.-C.).
Caius Lælius, entre autres, ami de Scipion Émilien, et probablement à son instigation, eut la pensée de proposer des réformes salutaires ; mais la crainte de susciter des troubles l’arrêta. […] Il parla ensuite avec mépris des esclaves, de cette classe remuante, peu sûre, envahissant les campagnes, inutile pour le recrutement des armées, dangereuse pour la société, comme le prouvait la dernière insurrection de Sicile. […] Tout propriétaire ne conserverait que cinq cents jugera et deux cent cinquante pour chacun de ses fils. Ces terres leur appartiendraient à perpétuité ; la partie confisquée serait divisée en lots de trente jugera et affermée héréditairement, soit aux citoyens romains, soit aux auxiliaires italiotes, à raison d’une faible redevance pour le trésor, mais avec la défense expresse de les aliéner. […] et, lorsque le peuple allait l’adopter, le tribun Octavius Cæcina, gagné par les citoyens riches, y opposa un veto inflexible. […] et l’on nomma trois triumvirs pour son exécution : c’étaient Tiberius, son frère Caius et son beau-père Appius Claudius. Sur une autre proposition, il fit décider que l’argent laissé par le roi de Pergame au peuple romain servirait aux frais d’établissement de ceux qui recevraient des terres.
L. N. Bonaparte, Histoire de Jules César, Plon, 1865, t. 1, chap. 6 (Wikisource) - 4texte antique (biographie)
Tibérius dépose le tribun Octavius
Plutarque (grec, époque impériale), Vies parallèles, « Tibérius et Caïus Gracchus », mises en parallèle avec Agis et Cléomène ; traduction d'Alexis Pierron, Charpentier, 1853. Texte écrit plus de deux siècles après les faits.
Alors Tibérius eut recours à un moyen injuste en soi et contraire aux lois : ce fut de déposer Octavius du tribunat, désespérant de pouvoir jamais faire passer sa loi par une autre voie. […] Quoi donc ! il nous faudrait souffrir qu’un tribun abattît le Capitole, qu’il brulât nos arsenaux ? En commettant ces excès, ce serait sans doute un mauvais tribun ; mais enfin il le serait. Mais, quand il veut détruire la puissance même du peuple, il n’est plus même tribun.
Plutarque, Vies des hommes illustres, « Tibérius et Caïus Gracchus », trad. Alexis Pierron, Charpentier, 1853, t. 4 (Wikisource) - 5texte antique (abrégé)
Notice sur Tiberius Gracchus
Pseudo-Aurélius Victor (œuvre anonyme attribuée à Aurélius Victor), Des hommes illustres de la ville de Rome, notice 64 ; traduction Dubois, 1846. Abrégé latin tardif, de seconde main.
Tiberius Gracchus était petit-fils de Scipion l'Africain par sa mère ; questeur de Mancinus en Espagne, il approuva le traité honteux fait avec les Numantins. Il courait le risque d'être livré aux ennemis ; mais son éloquence le sauva. Tribun du peuple, il rendit une loi qui défendait à tout citoyen d'avoir plus de mille arpents de terre. Comme son collègue Octavius s'y opposait, il le força, par un exemple inouï jusqu'alors, à se démettre de sa magistrature. Puis, au sujet de l'héritage du roi Attale, il fit publier une loi qui prescrivait de distribuer au peuple tous les biens et tout l'argent du prince. Il voulut ensuite proroger sou pouvoir, et se rendit â l'assemblée publique ; mais, voyant que les auspices lui étaient contraires, il prit aussitôt le chemin du Capitole, portant la main à sa tête : par ce signe, il recommandait sa vie au peuple. La noblesse s'imagina qu'il demandait le diadème ; et comme le consul Mucius restait dans une apathique immobilité, Scipion Nasica se fait suivre de tous ceux qui veulent le salut de la république ; il poursuit Gracchus jusqu'au Capitole, et le tue. Le corps de Gracchus fut jeté dans le Tibre par les mains de l'édile Lucretius, que cette action fit surnommer. Vespillo. Pour soustraire Nasica à la haine populaire, on l'envoya en Asie, sous prétexte d'y remplir une ambassade.
Pseudo-Aurélius Victor, Des hommes illustres de la ville de Rome, trad. Dubois, 1846 (Wikisource) - 6texte antique (biographie)
La mort de Tibérius au Capitole
Plutarque (grec, époque impériale), Vies parallèles, « Tibérius et Caïus Gracchus », mises en parallèle avec Agis et Cléomène ; traduction d'Alexis Pierron, Charpentier, 1853. Texte écrit plus de deux siècles après les faits.
Alors Nasica, s’élançant de sa place : « Puisque le premier magistrat trahit la république, s’écria-t-il, que ceux qui veulent conserver l’autorité des lois me suivent ! » En disant ces mots, il se couvre la tête d’un pan de sa robe, et marche droit au Capitole. Ceux qui le suivent entortillent leur robe autour du bras, et repoussent tous ceux qui se trouvent sur leur chemin. Personne ne leur opposa la moindre résistance : frappés de la dignité des personnages, tous se sauvent, et se renversent les uns sur les autres. Les gens qui accompagnaient les sénateurs étaient venus de chez eux armés de massues et de gros bâtons, et les sénateurs saisissaient les débris et les pieds des bancs que la foule avait brisés dans sa fuite : ils montaient vers Tibérius, frappant sur tous ceux qui lui faisaient un rempart de leurs corps. Plusieurs de ceux-ci furent tués, les autres prirent la fuite. Comme Tibérius lui-même s’enfuyait, quelqu’un l’arrêta par la robe : il la laissa entre les mains de celui qui le retenait, et se mit à fuir en simple tunique ; mais, ayant fait un faux pas, il tomba sur d’autres qui étaient renversés devant lui. Au moment où il cherchait à se relever, Publius Saturéius, un de ses collègues, lui porta sur la tête, au vu de tout le monde, un coup avec le pied d’un banc ; Lucius Rufus le frappa ensuite, et il s’en vanta depuis comme d’une belle action. Parmi les partisans de Tibérius, plus de trois cents furent assommés à coups de bâtons et de pierres. […] Les historiens assurent que cette sédition fut la première à Rome, depuis l’expulsion des rois, qui se termina avec meurtre et effusion du sang des citoyens […]
Plutarque, Vies des hommes illustres, « Tibérius et Caïus Gracchus », trad. Alexis Pierron, Charpentier, 1853, t. 4 (Wikisource) - 7texte antique (biographie)
Les lois de Caïus Gracchus
Plutarque (grec, époque impériale), Vies parallèles, « Tibérius et Caïus Gracchus », mises en parallèle avec Agis et Cléomène ; traduction d'Alexis Pierron, Charpentier, 1853. Texte écrit plus de deux siècles après les faits.
Parmi les lois qu’il proposa depuis, pour augmenter la puissance du peuple et affaiblir celle du Sénat, l’une avait pour objet l’établissement de colonies, et ordonnait la distribution des terres domaniales aux citoyens pauvres qu’on y enverrait. La seconde était en faveur des soldats : elle portait qu’ils seraient habillés aux dépens du trésor public, sans que pour cela leur solde fût diminuée, et qu’on n’enrôlerait aucun citoyen qui n’eût dix-sept ans accomplis. La troisième regardait les alliés : elle donnait à tous les peuples d’Italie le droit de suffrage, tel que l’avaient les citoyens romains. La quatrième fixait à un bas prix le blé qu’on distribuerait aux pauvres. Une cinquième enfin, relative aux tribunaux, retranchait une grande partie de l’autorité qu’y avaient les sénateurs, jusqu’alors les seuls juges de tous les procès, ce qui les rendait redoutables au peuple et aux chevaliers. Caïus ajoutait aux trois cents sénateurs qui occupaient alors les tribunaux un nombre égal de chevaliers romains, et attribuait indistinctement à ces six cents juges la connaissance de toutes les causes. […] d’aristocratique qu’était le gouvernement, il le rendit, en quelque sorte, démocratique […]
Plutarque, Vies des hommes illustres, « Tibérius et Caïus Gracchus », trad. Alexis Pierron, Charpentier, 1853, t. 4 (Wikisource)
Le corrigé du site
Un exposé-type argumenté, établi par le site sur la note du jury 2027 et le rapport du jury 2026. Aucun barème n'est publié : il n'est pas noté sur 20.
Le sujet et le dossier sont publics. Le corrigé (analyse du sujet, choix des documents, plan, questions de la reprise, document non retenu, erreurs fréquentes) est compris dans les formules d'accès (Flash 72h, Hebdo, Mensuel, Trimestriel), non dans le Pass Écrits.